


Clin d'œil souriant, 2ème partie 😉
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• 18 De la pénombre à la lumière : les orgues de la Sagrada Familia
• 17 Un orgue miraculé : le Welte-Philharmonie du paquebot Britannic
Les personnes qui ont aimablement contribué à enrichir cette rubrique sont nommément
remerciées à la page "Sources et remerciements" des Annexes.
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DE LA PÉNOMBRE À LA LUMIÈRE : LES ORGUES DE LA SAGRADA FAMILIA
Mondialement célèbre pour son histoire, comme pour son architecture encensée ou décriée, la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone a été honorée le 10 juin 2026 par la visite du Pape Léon XIV venu pour l’inauguration et la bénédiction de la tour de Jésus-Christ, la plus haute tour de l’édifice (172,5 m). Cette église inachevée depuis 144 ans possède deux orgues dont, en revanche, on parle peu, peut-être en raison de leurs dimensions modestes. Leur contribution à la richesse de l’édifice est cependant indéniable …
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Orgue Cavaillé-Coll installé en 2021 dans la crypte de la basilique Sagrada Familia.
Cette crypte, située à 10 m de profondeur, ne reçoit que peu de lumière naturelle par de petits vitraux situés en haut des voûtes.
© pipeorganmap.com

Orgue Blancafort, installé en 2010 dans le chœur de la basilique Sagrada Familia
bénéficiant de la lumière changeante et colorée filtrée par les vitraux polychromes
© Didier Descouens,Sagrada Família, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Avant de conter l’histoire de ces orgues qui est indissociable de celle de l’église, commençons par rappeler les grandes étapes de l’édification de cette dernière.
LA BASILIQUE DE LA SEGRADA FAMILIA :
LES ÉTAPES D'UNE CONSTRUCTION PAS ENCORE ACHEVÉE

Basilique de la Sagrada Familia
Façade de la Nativité
Place de Gaudi
© Txllxt TxllxT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La « Sagrada Família » (Sainte Famille), monument le plus visité d’Espagne et emblème de Barcelone, est une église à vocation de temple expiatoire [1] voulue, dans les années 1870, par l’Association des Dévots de Saint-Joseph et son fondateur, le libraire Josep Maria Bocabella [2]. Sa construction débute le 19 mars 1882, jour de la Saint-Joseph, sous la direction de l’architecte Fransisco de Paula del Villar qui l’a conçue dans le style néo-gothique. En 1883, ce dernier abandonne le projet qui est alors repris par Antoni Gaudi (1852 – 1926), nommé architecte directeur l’année suivante.
[1] Cet édifice devait être financé par les dons de fidèles souhaitant ainsi expier leurs péchés.
[2] La Sagrada Familia appartient à une fondation catalane catholique privée, à but non lucratif, présidée par l’archevêché de Barcelone : Junta Constructora del Temple Expiatori de la Sagrada Família. Cette fondation a été créée par Josep Maria Bocabella. Elle est financée par les donations, le mécénat et les tickets d’entrée.
Antoni Gaudi, âgé de 26 ans, le 15 mars 1878 à Barcelone
1878 est l’année où il obtint son diplôme d’architecte
(il s’était distingué lors de ses études par sa grande maîtrise des mathématiques dans le calcul des structures)
© Pau Audouard, Public domain, via Wikimedia Commons

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Construction de l’église de la Sagrada Familia à la fin du XIXe siècle
illustrée par le tableau de Joaquin Mir Trinxet (1873 – 1940) :
La cathédrale des mendiants, Barcelone 1898
Museu Nacional d’Art de Catalunya
Domaine public
Gaudi, profondément religieux, veut faire de la Sagrada Familia l’édifice le plus haut de Barcelone. Très créatif, il ambitionne également de conjuguer le style néo-gothique avec le modernisme catalan, mouvement qui s’inscrit dans l’Art Nouveau inspiré par la nature, le tout en exprimant sa prédilection pour une riche polychromie. Installant son atelier sur place, Gaudi développe son génie inventif en mettant en œuvre des techniques de travail sophistiquées basées sur l’utilisation de modèles en 3D et de maquettes.
Sa mort tragique, à l’âge de 73 ans, le 10 juin 1926, après un accident avec un tramway, interrompt la réalisation de son œuvre visionnaire dont il n’a achevé qu’une petite fraction. Au moment de sa mort ne sont en effet édifiées que la façade de la Nativité, la crypte (due en partie à son prédécesseur) et une seule tour, ensemble qui sera classé au patrimoine mondial par l’UNESCO en 2005.
Pendant la guerre civile espagnole en 1936, les émeutiers saccagent et incendient l’atelier de Gaudí. De précieux modèles en plâtre, des dessins, des plans et la plupart des maquettes disparaissent. Les travaux s’arrêtent alors. Certains documents peuvent être reconstitués grâce à des photos et des témoignages, cependant beaucoup sont perdus. Les travaux reprennent au milieu des années 1940 mais se poursuivent à un rythme très lent durant les décennies suivantes car le financement par les dons souffre de la mauvaise l’image de l’œuvre de Gaudí.

Maison de l’aumônier de la Sagrada Familia,
utilisée comme bureau et atelier par Gaudí
Photo anonyme publiée dans La Ilustració Catalana,
Barcelone, 18 mars 1906
Domaine public
En effet, son architecture novatrice et enjolivée est alors peu appréciée car jugée prétentieuse. Bien qu’honorée par Salvador Dali et les avant-gardistes du milieu du XXe s., l’œuvre de Gaudi devra attendre le dernier tiers de ce siècle pour que s’opère un véritable revirement de l’opinion publique, auquel l’afflux de touristes à Barcelone n’est d’ailleurs pas étranger.
Jusqu’en 1985, les cinq architectes qui se succèdent pour tenter de poursuivre l’œuvre commencée s’appuient sur les maquettes qui ont été sauvées et sur un mélange de photographies, de remarques et de souvenirs qu’ont gardés les apprentis de Gaudi. À partir de 1985, une avancée notable est due à l’architecte Jordi Bonet i Armengol (1925 – 2022), qui assure la direction des travaux jusqu’en 2012. En effet, il introduit l’informatique pour interpréter avec une précision inégalée les documents existants en élaborant les modèles numériques des dessins complexes de Gaudi. Cela le conduit à réaliser l’essentiel de l’intérieur de la basilique (construction des nefs et des voûtes). Son travail est couronné par la consécration de la Sagrada Familia élevée au rang de basilique par le pape Benoît XVI, le 7 novembre 2010.
En 2012, son collaborateur Jordi Fauli i Oller lui succède, assurant aujourd’hui la direction complète des travaux à la tête d’une équipe d’une vingtaine d’architectes. Mettant à profit la numérisation des maquettes et la modélisation 3D, Fauli espère exaucer le plus fidèlement possible les souhaits de Gaudí. En particulier, Il réalise la tour de Jésus-Christ, de céramique et de verre, commencée en 2015 et achevée en février 2026. Cette dernière est inaugurée en présence du Pape Léon XIV le mercredi 10 juin 2026, soit exactement 100 ans après la mort brutale d’Antoni Gaudí. Cette tour dont le sommet cumine à 172,5 mètres fait de la basilique la plus haute église du monde.

Jordi Fauli i Oller (né en 1959), le 12 mai 2021
© Canaan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Ce sera peut-être Jordi Fauli qui achèvera la basilique Sacrada Familia, dont la construction a été commencée il y a 144 ans… Mais il reste encore nombre d’obstacles à surmonter. Qui sait si la Sacrada Familia n’atteindra pas une durée de construction égale aux 182 ans qui furent nécessaires pour terminer Notre-Dame de Paris ?
L'ORGUE DE LA CRYPTE :
UN CAVAILLÉ-COLL DE 1896 RECONSTRUIT EN 2020
La crypte est la partie la plus ancienne de l’église. Elle est située sous l’abside du chœur. De style néo-gothique elle fut construite en partie par Fransisco de Paula. Gaudi y ajouta un large déambulatoire (voir plan) et apporta quelques autres modifications sans en changer le style ; il l’acheva en 1889. Cette crypte a été l’église paroissiale jusqu’en juillet 2017. Les offices dominicaux ont ensuite été célébrés dans la basilique.

Plan de la crypte, demi-circulaire (30 × 40 m)
Elle comporte 11 chapelles qui sont indiquées par des points rouges.
Le plan original étant en anglais, seules les indications indispensables ont été traduites en français.
Josep M. Bocabella a été inhumé en 1892 dans la Chapelle du Saint-Christ.
Antoni Gaudi a été inhumé en 1926 dans la Chapelle Notre-Dame du Carmel.
Croquis initial emprunté à la brochure d’information n°5 : « Crypt, apse façade and Chapel of the
Assumption », p. 3, https://sagradafamilia.org/en/the-booklets

Vue de l’autel à partir du centre de la crypte de la Sagrada Familia
© Vaido Otsar, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Gaudi souhaitait que la crypte contînt un orgue. Cet instrument fut construit en 1926 par l’atelier « Fabrica de órganos de Nuestra Señora de Montserrat » à Collbató. De style romantique, il comptait 12 jeux répartis sur deux claviers et pédalier. Il fut installé dans la chapelle Sainte Élisabeth et Saint Zacharie peu de temps après le décès de Gaudi qui n’eut pas le plaisir de l’entendre. Lors de la guerre civile de 1936 la crypte a été saccagée et incendiée et l’orgue a été malheureusement détruit, tout comme le mobilier. Seuls des documents écrits témoignent de son existence, mais il n’en reste aucune image.
Par ailleurs, en 1896, Aristide Cavaillé-Coll (dont la grand-mère était d’origine catalane) avait été chargé par Barcelone, de construire un orgue pour l’église du collège des Religieuses du Sacré-Cœur (Congregació de les Religioses del Sagrat Cor) rue Diputació, à Barcelone. Lorsque la guerre civile a éclaté, le couvent a été pillé et tout son mobilier a été détruit. L’instrument a, par chance, survécu mais des tuyaux ont été retirés pour récupérer le métal recherché pour l’armement. Après la reconstruction qui a suivi aucune autre restauration n’a été, en revanche, entreprise et, dans les années 2000, l’orgue n’était plus utilisé.
En 2019, les Religieuses du Sacré-Cœur ont alors décidé de donner l’orgue pour la crypte de la Sagrada Familia. L’instrument, dont le buffet est de style néo-gothique, s’adapte parfaitement au lieu et ses dimensions [1] lui permettent de prendre la place de l’orgue de 1926 dans la chapelle où ce dernier se trouvait. Grâce à une campagne de dons, une totale restauration de la mécanique, de la soufflerie et de la console a été effectuée en 2020-21 par le facteur d’orgues Albert Blancafort dans son atelier Blancafort Orgueners de Montserrat à Collbató. Le pédalier a été changé, et la tuyauterie remise en état sur le modèle de Cavaillé-Coll. Cela a nécessité quatre mille heures de travail. L’orgue a été installé et béni en mars 2021.
[1] Dimensions de l’orgue Cavaillé-Coll : 5,4 m de haut pour 3,1 m de large et 3 m de profondeur
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Façade de l’Orgue Cavaillé-Coll,
restauré par A. Blancafort en 2020-21
© pipeorganmap.com
L’orgue, de type romantique, comporte désormais 638 tuyaux et 13 jeux répartis sur deux claviers de 56 notes (grand-orgue, récit expressif) et le pédalier de 30 notes. C’est le seul orgue Cavaillé-Coll de Catalogne.
L'ORGUE DE CHŒUR :
UN ORGUE CONSTRUIT EN 2010 PAR A. BLANCAFORT
En 2010, à l’occasion de la consécration de l’édifice par le Pape Benoit XVI, le facteur Albert Blancafort de Collbató (qui restaura 10 ans plus tard l’orgue de la crypte) a réalisé l’orgue symphonique placé dans le chœur derrière le maître-autel. Le chœur, situé dans l’abside, consiste en une estrade entourée de 12 colonnes et surélevée de 2 m par rapport au sol de la basilique. L’autel est surmonté d’un Christ sculpté suspendu à un baldaquin heptagonal de 5 m de diamètre.
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Vue de l’orgue de chœur dans son environnement (maître-autel, baldaquin et vitraux)
© Canaan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le facteur d’orgues Albert Blancafort travaillant sur l’orgue de chœur
qu’il a construit pour la Sagrada Familia
© Blancafort
Le buffet de l’orgue est composé de deux parties en forme de flamme placées de part et d’autre du maître-autel. L’orgue possède 1492 tuyaux et 26 jeux répartis sur deux claviers de 56 notes et le pédalier de 30 notes. Orgues en France précise que : « La console mobile dans le chœur est reliée à l’orgue par une connexion numérique. La transmission des claviers est électrique-sensitive et la transmission des jeux est électrique, pilotée par un combinateur. L’équipement numérique de l’orgue permet une multitude de combinaisons. Il permet également à l’organiste d’enregistrer son jeu pour pouvoir le reproduire sans sa présence à différents moments de la journée. » Cette haute technicité est d’autant plus remarquable que l’orgue a dû être conçu pour résister à l’environnement sale et poussiéreux qu’impliquent les travaux incessants dans son voisinage.

Console de l’orgue de chœur de la Sagrada Familia
L’organiste principal est Juan de la Rubia. C’est lui qui a animé la messe papale du 10 juin 2026, faisant entendre Charles Gounod, Edward Elgar, Felix Mendelssohn, Maurice Duruflé… dont les œuvres ont été associées à celles de compositeurs catalans contemporains : Ireneu Segarra (1917-2005) et Odiló Maria Planàs (1925-2011). On peut néanmoins déplorer la réverbération du son due à la conception même de l’édifice, et la perte sonore due à sa taille. Gaudi l’avait lui-même mentionné, précisant qu’il faudrait prévoir plusieurs orgues connectés entre eux auxquels seraient associés, si nécessaire, plusieurs chœurs et non un seul.
L’organiste Juan de la Rubia en 2020
(à la console d'un d'autre orgue que celui de la Sagrada Familia)
© Quincena Musical, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

A. Blancafort évoque cette question dans le document cité ci-dessous accessible sur internet, estimant que, plutôt qu’un orgue de 8000 tuyaux qui conviendrait au volume exceptionnel de la Sacrada Familia (cf. Encadré en fin de texte), il faut envisager un ensemble d’orgues commandés par une console mobile principale placée à la convenance dans l’église, console qui permette également de faire jouer les orgues indépendamment (voir schéma ci-dessous). L’orgue de chœur actuel est le premier d’entre eux et l’objectif de lui associer à terme d’autres orgues explique qu’il paraisse quelque peu sous-dimensionné pour l’intégralité de la basilique.

Schéma proposé par le facteur d’orgues Albert Blancafort
pour associer plusieurs orgues dans la Sagrada Familia.
L’effet stéréophonique obtenu devrait amplifier la sensation d’espace et de divin ressenti dans la basilique.
Les points rouges indiquent les positions des différents instruments.
L’orgue de chœur existant est cerclé de bleu.
Ainsi en est-il des orgues de la basilique de la Sacrada Familia comme de son architecture. De nombreux projets sont encore à réaliser. En revanche, la lumière et les couleurs filtrant des vitraux réalisés par le Catalan Joan Vila-Grau (1932–2022) à la toute fin du XXe siècle, enchantent déjà l’intérieur de la basilique et embellissent à tout moment l’orgue de chœur.

Tuyaux de l’orgue de chœur de la Sagrada Familia,
baignés de la lumière colorée et changeante filtrant par les baies et les vitraux de la basilique
© Albert Blancafort, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Une des parties de l’orgue de chœur, éclairée par le puits de lumière le surplombant
© Ludwig Bickel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Encadré. Dimensions de la basilique de la Segrada Familia
Les dimensions principales sont des multiples de la distance entre les colonnes, c’est-à-dire des multiples de 7,5 mètres (sauf pour l'abside) :
• 7,5 mètres × 2 : largeur de chaque collatéral
• 15 × 30 mètres : dimensions de la croisée du transept
• 15 mètres : largeur de la nef centrale et de chaque collatéral
• 30 mètres : hauteur de la voûte des collatéraux
• 45 mètres : largeur de la nef principale (nef centrale et collatéraux)
• 60 mètres : longueur du transept (entre les façades de la Passion et de la Nativité) et hauteur de la voûte à la croisée du transept
• 75 mètres : point le plus haut de l’abside
• 90 mètres : longueur de l’ensemble de la façade de la Gloire à l'abside
Source : Wikipedia
Pour aller plus loin :
• Vidéo : Présentation par le Recteur de la Sagrada Familia, Mn Josep M. Turull de l’orgue Cavaillé-Coll joué par l’organiste Juan de la Rubia (5min12s en espagnol, mais aux images très intéressantes).
https://www.youtube.com/watch?v=-R3W0qtA04E
• Page « d’Orgues en France et dans le monde » consacrée à l’orgue de la crypte, avec, en particulier, sa composition :
https://orguesfrance.com/BarcelonaSagradaFamiliaCripta.html
• Article du Journal Le Monde du 7 juin 2026 : "Visite du pape Léon XIV en Espagne : l’organiste de la Sagrada Familia, maître de musique d’une messe exceptionnelle"
• Page « d’Orgues en France et dans le monde » consacrée à l’orgue de chœur, avec, en particulier, sa composition :
https://orguesfrance.com/BarcelonaSagradaFamilia.html
• Vidéo : "La Sagrada Familia de Gaudí y el órgano de Juan de la Rubia" (La Sagrada Familia de Gaudí et l'orgue de Juan de la Rubia) (produite par The New Barcelona Post) (6min13s, en espagnol, sous-titrée en anglais, mais très intéressante et permettant d’écouter l’orgue)

17
UN ORGUE MIRACULÉ : LE WELTE-PHILHARMONIE DU PAQUEBOT BRITANNIC
Le 21 novembre 1916, quatre ans et demi après son frère le Titanic, le navire Britannic sombrait à son tour. Le naufrage eut lieu au large de l’île de Kéa en mer Égée, des suites d’une explosion due à une mine allemande. Construit pour la compagnie maritime britannique White Star Line, le Britannic était prévu pour être le paquebot le plus luxueux de la « Classe Olympic », surpassant ses prédécesseurs, l’Olympic et le Titanic. Il devait, en particulier, accueillir à son bord un orgue de la prestigieuse série Welte-Philharmonie, construit par la firme allemande M. Welte & Söhne de Fribourg-en-Brisgau.
Cependant, la déclaration de guerre et l’annonce d’une prochaine réquisition par la Royal Navy mirent fin au projet de carrière commerciale du Britannic avant même sa mise en service, envisagée pour 1915. Transformé en navire-hôpital et débarrassé du mobilier inutile pour cette fonction, il commença à naviguer entre le Royaume-Uni et les Dardanelles fin décembre 1915. Le naufrage eut lieu lors de sa sixième traversée et, par chance, l’orgue n’était pas (ou n’était plus ?) à bord.
Après bien des péripéties, cet instrument, considéré comme disparu, a été « identifié » en 2007 au Musée des Automates à Musique (Museum der Musikautomaten) à Seewen, dans le canton de Soleure, en Suisse où, restauré, il est le médiateur des plus grands organistes du début du XXe siècle (dont les français Eugène Gigout et Marcel Dupré).
La singularité de cet instrument qui peut fonctionner, soit joué par un organiste, soit automatiquement grâce à des rouleaux enregistrés, à laquelle s’ajoute l’originalité de sa destinée, mérite l’attention que nous allons lui porter, tout comme à la maison Welte et à l’héritage culturel que cette firme nous a laissé.
L'ÉPOPÉE DU BRITANNIC
• La construction du troisième paquebot de la « Classe Olympic » de la White Star Line, par les chantiers navals Harland and Wolff à Belfast, débute fin 1911. Il est prévu de le nommer « Gigantic ». En effet, bien que d’une longueur identique à celles de l’Olympic et du Titanic (269 m), il sera un peu plus large et d’un tonnage supérieur.

• Après le naufrage du Titanic, le 15 avril 1912, les travaux sont suspendus. Suite aux résultats de l’enquête concernant le naufrage, certaines modifications en matière de sécurité sont apportées à la conception du futur navire. Au même moment, le nom « Britannic » est préféré à « Gigantic » qui pourrait être de mauvais augure car, comme Titanic, ce nom évoque la mythologie grecque.
• Le Britannic est lancé le 26 février 1914, et l’aménagement intérieur peut commencer. Sa mise en service est prévue pour le printemps 1915.

Carte postale commémorant le lancement du Britannic :
“White Star Line, RMS Britannic-50 000tons Launched Feb 26th 1914”
• La guerre éclate début août 1914. La Royal Navy annonce qu’elle pourrait réquisitionner le Britannic ce qui conduit à suspendre les aménagements intérieurs.
• Réquisitionné en novembre 1915 par la Royal Navy pour servir de navire-hôpital, il est vidé des aménagements déjà installés pour sa vocation initiale et inappropriés à sa nouvelle fonction.
• Sa première traversée à destination des Dardanelles a lieu le 23 décembre 1915.
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Le Britannic, navire-hôpital pendant la première guerre mondiale
(Il a navigué de décembre 1915 au 21 novembre 1916)

• Le naufrage survient le 21 novembre 1916 alors que, naviguant dans le détroit de Kéa pour rejoindre la ville de Moudros, le Britannic heurte une mine allemande qui explose. Il coule en 55 minutes à 120 m de profondeur dans la mer Égée. Seuls 30 officiers et membres d’équipage perdent la vie parmi les 1065 personnes à bord.
• L’épave n’est localisée qu’en 1975 par Jean-Yves Cousteau et son équipage à bord de la Calypso pourvue d’un sonar. L’année suivante, le commandant peut entrer dans l’épave mais les images réalisées sont floues. Plusieurs campagnes d’exploration suivront pour réaliser des documentaires. En mai 2025, des plongeurs professionnels ont pu remonter quelques objets, puis de nouvelles plongées ont eu lieu en septembre et en octobre.
Annonce publiée par le New York Times le 23 novembre 1916
Les nombres des décès et des survivants indiqués n’étaient pas encore connus exactement
L'ENTREPRISE WELTE : DE SA CRÉATION À L'ORGUE "WELTE-PHILHARMONIE"
On ne peut comprendre l’excellence des orgues Welte-Philharmonie, tel l’orgue destiné au Britannic, sans examiner la trajectoire suivie par l’entreprise Welte depuis sa création en 1832 par Michael Welte (1807-1880) à Vöhrenbach (en Forêt-Noire) jusqu’à la conception de l’orgue « hybride » qui nous intéresse et qui a contribué à la position commerciale dominante de Welte au début des années 1910.

Michael Welte devant un orchestrion dans son atelier
à Vöhrenbach en 1867
Portrait peint par Fridolin Seiber
Le portrait représente le fondateur de la société M. Welte & Söhne, âgé de soixante ans, devant l'un de ses orchestrions, capable d'imiter un orchestre entier. Dans sa main gauche, il tient une partition de l'ouverture de l'opéra « Der Freischütz », et dans sa main droite un marteau avec lequel il insère les goupilles dans les cylindres à picots.
© Städtische Museen Freiburg, Foto: Axel Killian, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Les orchestrions
Ayant acquis une formation dans le domaine des horloges musicales, Michael Velte n’a eu de cesse de perfectionner son savoir-faire, des horloges à flûtes aux orchestrions qui imitent un orchestre entier en conjuguant les sonorités de tuyaux d’orgue avec celles d’autres dispositifs musicaux. M. Welte est, de fait, passé maître dans la facture de ces instruments à cylindres dont les mécanismes sophistiqués fonctionnent sous l’action du vent délivré par des soufflets. Leur qualité exceptionnelle est reconnue par l’attribution de nombreuses récompenses et justifie leur prix élevé qui les destine à une clientèle haut de gamme, en Allemagne comme à l’étranger. Ainsi s’affiche, dès le commencement de l’entreprise familiale Welte, ce que sera sa politique commerciale.
« Orchestrion de M. Welte de Vöhrenbach » ayant remporté une distinction à l’exposition internationale de Londres en 1862
Cet orchestrion comporte 39 cylindres, 15 registres et 524 tuyaux, et sa fabrication a duré 33 mois.
Il imite flûtes, flageolets, piccolos, hautbois, trompettes, cors, trombones, etc. Il comprend également un grand tambour, une timbale, un petit tambour militaire, des triangles et des cymbales. L'orchestrion interprète de nombreuses ouvertures et pièces musicales, dont des symphonies de Beethoven, jouées avec une grande précision et justesse. Lorsque tous les instruments sont joués, le son est très puissant et l'effet presque équivalent à celui d'un petit orchestre
The Illustrated London News, vol. 41, 20. Sept. 1862, pp. 321 et 323
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Emil Welte
vers 1907
En 1865, le fils aîné de Michael Welte, Emil (1841-1923) prend la direction d’une filiale à New York dotée d’une salle d'exposition. En 1872, les activités de la maison mère sont transférées de Vöhrenbach à Fribourg-en-Brisgau, en un emplacement judicieusement choisi pour les exportations, car proche d’un nœud ferroviaire. Michael Welte ayant également associé son deuxième fils Berthold (1843-1918) à ses activités, la firme prend le nom « M. Welte & Söhne » (M. Welte et fils).

Berthold Welte
vers 1905

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Firme M. WELTE & SÖHNE, Fribourg-en-Brisgau (vers 1890 puis vers 1910)
L’extension des locaux en vingt ans témoigne de la prospérité de l’entreprise

En 1880, au décès de son père, Berthold prend la direction d’une entreprise florissante possédant une large clientèle étrangère (jusqu’en Russie, Inde, Turquie, etc.). Sous la nouvelle direction, les lourds cylindres de bois à goupilles qui actionnaient les orchestrions sont remplacés par des rouleaux à musique. Ce sont des bandes de papier enroulées sur elles-mêmes sur lesquelles l’enregistrement des notes de musique et des ponctuations est réalisé par des perforations de position et de taille variables. La lecture met en œuvre un système pneumatique tel que le passage d’air au travers des perforations du papier actionne des valves et commande les dispositifs musicaux (tuyaux d’orgue, jeux d’anches, marteaux, etc.). La durée de musique enregistrée est considérablement accrue, le répertoire peut s’enrichir, le support peut être facilement remplacé ou reproduit.
Ce procédé est breveté par Emil Welte en 1883 aux États-Unis puis, ne cessant d’être amélioré, il fait l’objet de deux nouveaux brevets portant sur le fonctionnement des soufflets en 1889. L’entreprise Welte produit les rouleaux et s’ouvre à une nouvelle clientèle.
Le succès des nouveaux orchestrions dont certains, de grande taille, peuvent comporter jusqu’à 1000 tuyaux et être actionnés par un moteur électrique, est considérable. Un instrument de ce type est exposé en 1893 à l’exposition universelle de Chicago (World’s Columbian Exposition) où il obtient un prix et des éloges (voir ci-dessous). Le succès des orchestrions décline pourtant au tournant du siècle et la firme Welte doit innover pour conserver sa position, défi relevé par la jeune génération.
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« Orgue » Welte de la série « Cottage »exposé à Chicago lors de l’exposition universelle (World’s Columbian Exposition) qui se tint du 1er mai au 30 octobre 1893.
Cet instrument fut primé : « Pour la supériorité de sa méthode de construction, intégrant des caractéristiques nouvelles et originales, à savoir :
1. Un système pneumatique permettant l’utilisation de papier perforé, assurant une restitution rapide des tuyaux et des auxiliaires à un prix modique par rapport à l’ancienne méthode utilisant un cylindre ou un barillet.
2. Une harmonisation exquise des différentes tessitures, produisant des effets orchestraux riches et variés.
3. Une construction robuste et une qualité d’exécution exceptionnelle, visibles dans les moindres détails. »
Noter l’appellation « orgue », et non « orchestrion », les deux termes étant souvent employés l’un pour l’autre pour les instruments les plus perfectionnés et souvent les plus volumineux.
Photo provenant de Musical Instruments at the World’s Columbian Exposition, Presto Company, Chicago, 1895, pp. 201-204.
Les pianos reproducteurs « Welte-Mignon »
En 1904, Edwin Welte (1876-1958), fils de Berthold, et son beau-frère Karl Bokisch (1874-1952) perfectionnent l’enregistrement, sur des rouleaux, des morceaux joués au piano afin de reproduire fidèlement les subtilités de l’interprétation. Ils inventent pour cela un dispositif codant toutes les nuances du jeu, de la dynamique aux effets de pédales, ce qui représente une véritable prouesse technique. La lecture des rouleaux doit, bien sûr, être effectuée par un piano pour restaurer la sonorité de l’instrument. La qualité technique est telle qu’il n’y a ni bruit, ni distorsion.
La qualité du rendu de l’interprétation des artistes distingue le système Welte de ceux des appareils « Pianola » lancés par Aeolian en 1897 aux États-Unis et des imitations « Phonola » (1902) de l’entreprise Hupfeld en Allemagne, et ultérieurement « Pleyela » (1905-06) de Pleyel en France.

Edwin Welte
vers 1900

Karl Bokisch
vers 1908
Le système de reproduction, breveté le 21 novembre 1904, est baptisé « Welte-Mignon » ; il est présenté à la foire de printemps de Leipzig en 1905, puis commercialisé. C’est un immense succès. Les « Mignon » sont d’abord vendus sans clavier, sous le nom « Welte-Mignon Kabinett ». À partir de 1908, les clients disposant de leur propre piano peuvent acquérir un automate appelé « Vorsetzer » qui, à la place du pianiste, joue avec des doigts en bois recouverts de feutre, et des pieds métalliques.

Welte-Mignon Kabinett
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Welte-Mignon Vorsetzer
actionnant le clavier d'un piano
Le dispositif de reproduction est intégré aux pianos droits eux-mêmes en 1909, puis aux pianos à queue à partir de 1913. La qualité de la reproduction et la fidélité à l’exécution du pianiste, inattendues de la part d’un instrument de musique mécanique, conquièrent tant les musiciens que les mélomanes. On trouve le système « Welte-Mignon » chez les marques réputées que sont Steinway, Bechstein, Blüthner, Ibach, etc.
Jugez par vous-même de la qualité d’un piano « reproducteur » Steinway-Welte en suivant le lien suivant :
Marque en lettres dorées d'un piano Steinway-Welte

Les rouleaux sont enregistrés à Fribourg et à surtout Leipzig où l’entreprise Popper & Co. installe un studio d’enregistrement qui ne cesse de fonctionner. En effet, son directeur Hugo L. Popper, nommé fin 1904 représentant général de tous les produits fabriqués par Welte dans l’empire allemand, défend la distribution du « Mignon » et fait en sorte qu’un large éventail de rouleaux soit disponible à la vente. Au total environ 5500 morceaux seront enregistrés, par des musiciens compositeurs et/ou pianistes, la plupart illustres : C. Saint-Saëns, G. Fauré, E. Grieg, M. Ravel, C. Debussy, G. Mahler, R. Strauss, A. Scriabine, A. Friedheim (élève et secrétaire de Liszt) … H. Popper, dont la postérité a quelque peu oublié le rôle, est assurément l’artisan de la réussite commerciale du « Mignon » en Allemagne.

Ignace Jan Paderewski enregistrant en 1906 pour Welte-Mignon

Richard Strauss enregistrant en 1906 pour Welte-Mignon
Les enregistrements ont lieu à Leipzig.
À part les compositeurs et leurs épouses, sont présents :
• sur la photo de Paderewski : de g. à d. : Edwin Welte et Karl Bokisch, Julius Feurich, le facteur du piano ; devant l’instrument, Berthold Welte
• sur la photo de Strauss : les mêmes personnes mais Hugo Popper, propriétaire du studio d’enregistrement, est à la place de Berthold Welte.
Aux États-Unis, Le « Mignon » est distribué par la société « M. Welte & Sons, Inc. » créée par Edwin Welte, et le succès est tel qu’une usine dédiée est construite en 1912 à Poughkeepsie, près de New York, et entre en activité l'année suivante. Le « Mignon » envahira les salons mondains des grands bourgeois, des aristocrates et des industriels, les hôtels huppés, les bateaux de luxe… Le dernier enregistrement sera celui de Rudolf Serkin en 1928. L’apparition de la radio mettra fin, en 1932, à la production de ce système de reproduction qui aura généré pour Welte une explosion des commandes. Le secret n’en sera cependant jamais été dévoilé …
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Usine “Welte and Sons” à Poughkeepsie près de New York en 1912
Les orgues "Welte-Philharmonie"
L’orgue hybride « Welte-Philharmonie », commercialisé à partir de 1912, est le résultat d’une expérience de plusieurs dizaines d’années en matière de facture d’orchestrions (et d’orgues), ainsi que du savoir-faire dans les techniques de reproduction de grande fidélité, acquis plus récemment, avec le système « Welte-Mignon ».
Pourquoi le nom d’« orgue philharmonique » [1] ? Parce que, outre sa vocation d’orgue traditionnel dont les sonorités variées sont dues à la diversité des jeux, cet instrument est conçu pour produire à domicile une musique enregistrée avec un rendu voisin de celui d’un orchestre en concert [2].
[1] La firme américaine Aeolian, rivale de Welte aux États-Unis, implantée également en Angleterre sous le nom de Orchestrelle Co. Ltd, avait aussi développé un orgue reproducteur dit « philharmonique » dès les années 1910. En France, l’église des Gets (74) héberge l’un de ces premiers orgues qui comporte 13 jeux, 1000 tuyaux et est à transmission électro-pneumatique. Cet instrument avait été installé en 1914 chez George Davison, ancien directeur de Kodak, à Londres.
[2] Notons qu’à cette époque, le seul type d’appareil capable de reproduire de la musique à domicile est le phonographe (ou le gramophone) dont la qualité sonore est encore très médiocre.
Au plan technique, l’orgue « Welte-Philharmonie » bénéficie de la stratégie de développement de Welte. En effet, l’acquisition en 1884 des droits concernant le brevet américain déposé par les frères W.-F. et H. Schmöle et A. Mols pour l’invention du système de traction électropneumatique a conduit Welte à maîtriser parfaitement le procédé [1] qui est donc exploité pour le nouvel orgue.
[1] Welte a construit et vendu nombre de ces mécanismes à des confrères facteurs d’orgue en Europe.
La construction de l’orgue « Welte-Philharmonie » débute en 1909. Ce nouvel orgue est présenté à l’exposition internationale de Turin en 1911 où il rencontre un succès tel qu’en 1914 plus de trente instruments ont déjà été construits pour satisfaire les commandes. Comme les pianos « Welte-Mignon », l’orgue « Welte-Philharmonie » est destiné aux classes aisées qui affichent leur statut social en possédant cet orgue, marque de raffinement et d’élégance.
Quels sont les modèles de l'orgue "Welte-Philharmonie" ?
Six modèles de base sont proposés aux acheteurs.
• Les modèles I et II comptent 8 à 9 jeux, 52 notes, utilisent des rouleaux de 330 mm de large et 100 pistes, et ne possèdent pas de claviers.
• Les modèles III et IV sont pourvus de deux claviers (respectivement de 30 et 58 notes) et d’un pédalier de 27 notes, 10 jeux et de rouleaux de 385 mm de large et 122 pistes.
• Quant aux modèles V et VI, ils possèdent deux claviers de 58 notes chacun, un pédalier de 30 notes, 20 jeux, des timbales, une harpe et des cloches ; les rouleaux de même taille que les précédents peuvent comporter 150 pistes.
• Ces modèles de base sont modulables et peuvent être étendus en fonction des demandes du client.
L’un des premiers orgues commercialisés est acquis en 1912 par le financier américain Howard Gould pour être installé à bord de son luxueux yacht à vapeur Niagara. En 1917, la marine américaine acquiert ce yacht comme patrouilleur, et la trace de l’orgue est perdue.
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Yacht à vapeur Niagara appartenant
au financier américain Howard Gould (1871-1959)
(livre de F. Blanchard cité ci-dessous)
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Orgue « Welte-Philharmonie » dans
la salle de musique du yacht Niagara en 1913
(Catalogue « Welte & Söhne », 1914)
Dans l’ouvrage très illustré de Frank Blanchard, consacré au yacht Niagara, l’orgue est qualifié d’« orchestrion de concert équivalent à un orchestre de 18 instruments ». Cet orgue ne semble, en effet, pas posséder de clavier, comme c’est le cas pour les plus petits des orgues "Welte-Philharmonie " (cf. Modèles de l'orgue ci-dessus).
Frank Blanchard, Niagara, The old and the new, New York, Publishers's printing company, 1899.
Notons également que, selon la liste des instruments Welte vendus à l’étranger établie en 1947 par Andreas Weisser [1], un instrument (ou plusieurs ?) a(ont) été fourni(s) au baron Albert de l’Épée entre 1912 et 1914 ; quatre sites sont mentionnés : « Beaulieu, Nice, Grasse (Villa Henri) et Belle-Île sur Mer » (sic) [2].
[1] Andreas Weisser était fondé de pouvoir de la firme Welte depuis 1912. Il a établi la liste des instruments vendus à l’étranger à la demande d’Edwin Welte.
[2] L’absence de précisions ne permet malheureusement pas de compléter le clin d’œil consacré aux orgues du baron (n° 15).

Publicité de la société Welte pour les instruments reproducteurs « Welte-Mignon » (piano) et « Welte-Philharmonie »(orgue)
Le texte en allemand est traduit sur la droite.
L’enregistrement des rouleaux a lieu à Fribourg, grâce à une technique innovante [1], sur un orgue enregistreur dont le prototype, installé dès 1909, est modifié et porté à 28 jeux en 1913. Remarquons que la facture de l’orgue que Welte construira en 1913 pour le paquebot Britannic sera très semblable à celle de l’orgue enregistreur de Fribourg (toutes deux basées sur les modèles supérieurs V et VI).
[1] À l’époque, la seule autre méthode d’enregistrement était l’enregistrement acoustique sur cylindres de cire (faillible en raison de la fragilité de la cire). Or cette technologie s’avérait peu adaptée à la musique d’orgue.
Welte commence en 1912 à enregistrer les plus grands organistes de l’époque ; le premier est l’italien Marco Enrico Bossi, le 18 juillet, suivi de peu par les français Eugène Gigout le 26 novembre, puis Joseph Bonnet le 6 février 1913 ; citons encore l’allemand Max Reger le 26 juillet 1913 et l’anglais Edwin Henry Lemare le 2 septembre 1913. Dans les dernières années des enregistrements, on peut citer Marcel Dupré en 1926 (voir ci-dessous). Certains organistes enregistreront à de nombreuses reprises comme, par exemple, E. H. Lemare dont on compte au moins 89 rouleaux vendus entre 1912 et 1928.

Eugène Gigout (1844-1925) enregistrant sur l’orgue
« Welte-Philharmonie » de Fribourg en 1912
En bas de la photo, est écrit en lettres dorées :
« WELTE-PHILHARMONIE-ORGEL
Prof. Gigout für Welte-Philharmonie Orgel spielend »

Max Reger (1873-1916) arrivant chez Welte à Fribourg pour enregistrer en 1913
Dans la voiture, Max Reger et Edwin Welte. Devant le bâtiment, Berthold Welte

Autographe de Max Reger, après la séance d’enregistrement du 26 juillet 1913 chez Welte à Fribourg
« Je suis complètement enchanté de l’orgue « Welte-Philharmonie » et je souhaite à ce bel instrument le plus large succès ».
LE PREMIER ENREGISTREMENT DE MARCEL DUPRÉ A LIEU CHEZ WELTE
L’organiste français Marcel Dupré (1886-1971) débute ses enregistrements avec les rouleaux Welte en enregistrant en 1926 sur l’orgue « Welte-Philharmonie » de Fribourg. En effet, alors qu’il est venu assister à l’important congrès sur l’orgue qui a lieu cette année-là à Fribourg, il est invité à enregistrer chez Welte.
C’est ainsi qu’en une seule séance, le 18 septembre 1926, Marcel Dupré joue des œuvres de J. S. Bach, L.-C. Daquin, C. Franck et C.-M. Widor, une improvisation sur la berceuse de Schubert « Schlafe, schlafe… » (D 498, op. 98, n°2), ainsi que deux de ses propres œuvres : Prélude et fugue in sol mineur, Cortège et litanie. Son emploi du temps ne permet pas d’autres séances d’enregistrement. Les rouleaux seront commercialisés à la fin de 1926 et en 1927.

Marcel Dupré
à Francfort-sur-le-Main
Date inconnue, Domaine public
En 1986, le label Intercord publie 2 CD qui contiennent chacun des enregistrements de Marcel Dupré à Fribourg sur les rouleaux Welte, joués par l’orgue « Welte-Philharmonie » du Musée des Instruments de Musique mécanique de Linz (Museum für mecanische Musikinstrumente). Cependant, cet instrument de 2 claviers et pédalier ne comporte que 21 jeux et 1100 tuyaux ; plus petit que l’orgue d’enregistrement, il est moins adapté à une bonne restitution du jeu de l’organiste que celui de Seewen (voir plus bas « Composition de l’orgue destiné au Britannic »).
Sur le vol. 1, on peut entendre Marcel Dupré interprétant ses propres œuvres citées ci-dessus. Sur le vol. 2 consacré à J. S. Bach, on l’entend jouer le Prélude et fugue en mi mineur (BWV 548) et la Sonate en Trio pour orgue n° 2 en ut mineur (BWV 526). Ce second volume peut être écouté en suivant le lien :

Vol. 1

Vol. 2
CD publiés en 1986 par le label Intercord contenant certaines pièces enregistrées
sur rouleaux Welte par l’organiste Marcel Dupré
Quant à l’improvisation sur la berceuse de Schubert, elle fait partie des œuvres proposées dans le vol. 1 de l’opus The Britannic Organ enregistré sur l’orgue « Welte-Philharmonie » de Seewen (voir fin de cet article).
La vente des rouleaux est un succès commercial considérable jusqu’au début de la guerre. Les ventes se redressent au début des années 1920, mais des difficultés subsistent. Le dernier rouleau est enregistré en 1930.
En ce qui concerne les orgues, après un arrêt quasi-total de la production pendant la guerre, la reprise en 1919-20 est chaotique jusqu’en 1923, mais de 1923 à 1930 une trentaine d’orgues supplémentaires sont construits. La société Welte est alors menacée par l’essor rapide de la radio et de la qualité du phonographe. En 1932, elle échappe de peu à la faillite, et le dernier orgue « Welte-Philharmonie » est construit en 1936.
COMMENT ÉTAIENT FABRIQUÉS LES ROULEAUX D'ORGUE WELTE ?
Le procédé d’enregistrement et de copie des rouleaux d’orgue Welte demandait une gigantesque somme de travail. Tous les mouvements de l’organiste, qu’il tire un registre, joue des notes sur le clavier ou actionne la pédale d’expression, étaient enregistrés en temps réel sous forme de lignes de couleur tracées sur un rouleau de papier. Comme le simple cousin d’un stylo à bille, l’appareil traçait des lignes de couleur sur le papier. Ces lignes de couleur étaient ensuite utilisées pour fabriquer, au moyen d’un dispositif de poinçonnage actionné à la main, un rouleau maître que l’on pouvait lire le lendemain sur un orgue Philharmonie. Ce rouleau était alors utilisé pour fabriquer à l’aide d’une poinçonneuse à usages multiples les rouleaux destinés à la vente.
Ce texte est le résumé en français de l’article :
Mervin E. Fulton, Wie die Welte-Orgelrollen hergestellt wurden, pp. 169-176, 2013 (voir Sources).
L'ORGUE "WELTE-PHILHARMONIE" DESTINÉ AU PAQUEBOT BRITANNIC
Les péripéties de l'orgue
Deux documents concordants attestent qu’un orgue « Welte-Philharmonie » avait vocation à résider à bord du paquebot Britannic. Le premier est une illustration du catalogue Welte & Söhne de 1914, montrant l’orgue occupant deux niveaux sur l’arrière du grand escalier desservant les installations de première classe du bateau. Le second document est un croquis d’architecte provenant de l’Ulster Transport Museum (Cultra, près de Belfast) représentant le même escalier et, au deuxième niveau, la même façade (probablement décorative) de l’orgue, sous un angle un peu différent.

“WELTE-PHILHARMONIE-ORGEL
auf S. S. Britannic der White Star Line”
Catalogue « Welte & Söhne », 1914
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L'orgue dans la cage du grand escalier du Britannic
Croquis d’architecte (Ulster Transport Museum)
L’emplacement destiné aux rouleaux n’est visible que sur l’image du catalogue Welte ; leur largeur est estimée à 390 mm, ce qui correspond à un orgue avec deux claviers. Christoph E. Hänggi, directeur du Musée des Automates à Musique de Seewen, estime que les claviers et la console devaient être placés à l’arrière de la façade, avec les tuyaux dans leur boîte expressive, comme c’est le cas pour l’orgue « Welte-Philharmonie » du Salomons Centre à Tunbridge Wells en Angleterre (voir ci-dessous). Cette hypothèse est cohérente, tant avec le fait que l’escalier est un lieu de passage, qu’avec l’existence d’un plan du navire indiquant un large espace destiné à l’orgue.
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Orgue « Welte-Philharmonie »
Maison de Sir David Lionel Salomons, Science Theatre, Tunebridge Wells (Angleterre)
Catalogue Welte & Söhne, 1914
La console et les trois claviers ne sont pas visibles car ils sont à l’intérieur de l’instrument.
Durant l'été 1913, l'inventeur scientifique Sir David Salomons à Tunbridge Wells (Grande-Bretagne), avait commandé un des plus grands orgues philharmoniques construits par Welte. À cet orgue était adjoint un orgue d'écho de 349 tuyaux, installé dans une salle dédiée. Un double mécanisme de lecture des rouleaux permettait à Sir Salomons d’utiliser, non seulement les rouleaux destinés à l'orgue symphonique, mais également ceux de l’Orchestrion Welte « Cottage » de 120 pistes qu'il avait possédé mais dont il s’était séparé. L’achèvement de l’orgue n’intervint qu’en décembre 1914, le délai de construction ayant été allongé en raison des extensions dont il était doté et de la déclaration de guerre.
Quant à savoir si l’orgue a été installé à bord du Britannic après son lancement en février 1914, puis démonté fin juillet à la veille de la déclaration de guerre, ou si l’installation est demeurée à l’état de projet, cela reste en question, même si les documents ci-dessus constituent une forte présomption de présence éphémère de l’orgue à bord. Quoi qu’il en soit, la date de construction de l’orgue est vraisemblablement 1913, ou début 1914.
Une autre question, restée sans réponse jusqu’à 2007, a été celle du devenir de cet orgue après la guerre. On n’avait en effet retrouvé aucune trace de cet instrument, ni chez les constructeurs du navire à Belfast, ni auprès de l’entreprise Welte. Ainsi, quand C. E. Hänggi annonce en 2006 la restauration imminente [1] de l’orgue « Welte-Philarmonie » qui fait partie des collections de Seewen, il n’imagine pas que l’énigme est sur le point d’être résolue : au printemps 2007, les restaurateurs découvrent l’inscription : « BRITANIK » en six endroits différents et peu accessibles de l’orgue. L’authenticité en a été certifiée par des experts. C’est une révélation ! L’orgue « Welte-Philharmonie » du musée est l’orgue destiné au paquebot Britannic, que l’on croyait perdu !
[1] Restauration confiée à la manufacture Kuhn de Männedorf. L’organiste David Rumsey (1939-2017) était le consultant.
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Orgue « Welte-Philharmonie » du Britannic (Musée de Seewen) après restauration en 2007
Dimensions : 800 x 350 x 600 cm - 1942 tuyaux
"Photo @ Museum für Musikautomaten"

Une des inscriptions en allemand trouvées à l’intérieur de l’orgue « Welte-Philharmonie »
du Musée de Seewen attestant de l’affectation de l’instrument
"Photo @ Museum für Musikautomaten"
.
Comment l’orgue est-il arrivé dans les collections du Musée ? La personne à l’origine de cette aventure est l’homme d’affaires suisse Heinrich Weiss (1920-2020). Collectionneur passionné d’automates musicaux, il achète, en 1969, cet orgue qui, ne trouvant pas acquéreur, allait être vendu à la ferraille. Le facteur d’orgues allemand Werner Bosch (1916-1992) qui veillait sur cet orgue depuis 1937, alors qu’il était employé chez Welte, apporte sa précieuse expérience, tant pour préserver l’instrument lors du déménagement en Suisse, que pour le remonter et le réinstaller en collaboration avec son collègue bâlois Bernhard Fleig. Ce travail a nécessité quelques 1500 heures de travail ! L’inauguration solennelle a lieu le 30 mai 1970.

Heinrich Weiss
Fondateur du Musée de Seewen
Collectionneur ayant acquis l'orgue du Britannic
"Photo @ Museum für Musikautomaten"
Désireux de faire profiter le public de sa vaste et précieuse collection dont l’orgue est la pièce maîtresse, Heinrich Weiss, décide en 1979 de fonder le Musée de Seewen. Ce musée devient national en 1990 quand H. Weiss, son épouse [1] et sa fille en font don à la Confédération suisse, avec mission d’agrandir et de rénover la surface d’exposition. Or, c’est à l’occasion de ces travaux que l’orgue sera restauré et identifié [2]. Il faut souligner le rôle majeur d’Heinrich Weiss dans la succession d’épisodes conduisant d’abord au sauvetage, puis à l’identification, de l’orgue du Britannic. Ce qui va en découler sur le plan culturel, à l’initiative du Musée de Seewen, est remarquable, comme nous le verrons.
[1] Berta Weiss-Stauffacher
[2] L’orgue restauré a été inauguré le 28 septembre 2007.
Entrée du Musée des Automates à Musique (Museum der Musikautomaten) à Seewen (SO, Suisse) après son extension achevée en 2000
Le graphisme du pavage sur le parvis évoque
les bandes perforées des rouleaux musicaux.
© Paebi, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Site internet (cliquer)

Auparavant, que sait-on des péripéties de cet orgue avant 1969, dont W. Bosch a pu témoigner ? Vers 1920, la société Welte l’avait vendu au fabricant d’appareils photos August Nagel (1882-1943) [1] qui, grand mélomane, l’installa dans sa villa à Stuttgart. Ce dernier le fit cependant reprendre par Welte vers 1935. Après quelques travaux, l’orgue fut de nouveau vendu en 1937 avec une console datant de cette période. Son nouveau propriétaire était Eugen Kersting (1888-1958) [2], fabricant des lampes électriques Radium à Wipperfürth, qui l’installa dans la salle de réception de l’entreprise. W. Bosch, s’étant établi à son compte, continua à assurer l’entretien de l’instrument jusque dans les années 1960 quand, la société ayant changé de direction, il fallut chercher un nouvel acquéreur pour l’orgue, qui fut donc H. Weiss en 1969.
[1] L’entreprise d’August Nagel, fondée en 1908 fut rachetée par le groupe Zeiss-Ikon en 1926. En 1928, A. Nagel fonda une nouvelle société d’appareils photo, rachetée cette fois par Kodak en 1932. Curieusement, il n’a pas été trouvé de photos de l’orgue. Il semble que deux petits sommiers supplémentaires aient été ajoutés à la demande de son propriétaire pour quelques nouveaux jeux.
[2] Des modifications furent apportées à la demande de E. Kersting, principalement l'ajout de deux rangées d’anches et quelques transformations mineures La « Wienerflöte » (flûte viennoise) d'origine a été remplacée par une « Harmonieflöte » (flûte harmonique), mais par chance, tous les tuyaux des deux registres ont survécu. La « Wienerflöte » a pu retrouver sa configuration d'origine.
Aux côtés de H. Weiss, Werner Bosch a été l’ange gardien et la mémoire de cet orgue auquel il était attaché. À Seewen, il avait continué à en assurer la maintenance avec Bernhard Fleig. Infiniment heureux de voir revivre l’orgue « Welte-Philharmonie », W. Bosch céda à H. Weiss 1230 rouleaux originaux qui venaient du fonds Welte, et qui appartiennent dorénavant au musée de Seewen. Il fut ainsi l’artisan de la diffusion d’un héritage culturel inestimable, en particulier pour les organistes et les amateurs d’orgue.
Constitution de l'orgue du Britannic, hier et aujourd'hui
Des bombardements répétés, en 1940 puis en novembre 1944 ont complètement détruit les bâtiments de la firme Welte à Fribourg, et par conséquent les stocks, les instruments et les archives de la société. Comme il ne reste aucun document concernant l’orgue « Welte-Philharmonie » commandé pour le Britannic, les informations données ci-dessous résultent des conclusions des divers experts ayant joué et/ou étudié cet orgue, ou l’ayant restauré. En résumé :
• l’orgue du Britannic est une variante du modèle de base V-VI. Sur le site du Musée de Seewen, il est précisé : « les tuyaux, le sommier et peut-être même la traction sont d’origine ou n’ont subi que très peu de modifications, apportées qui plus est par le fabricant lui-même. Bien que relativement importants, les agrandissements effectués sur le modèle de base V-VI entre 1920 et 1937 peuvent être eux aussi qualifiés d’authentiques puisque signés Welte. Les quelques tuyaux manquants ou endommagés ont été remplacés par des tuyaux Welte originaux ou par des tuyaux soigneusement reconstruits d’après les normes et procédés de fabrication de l’entreprise.»
• le seul instrument équivalent restant aujourd’hui est celui de Turnbridge (voir illustration ci-dessus).
• on ignore ce qu’est devenu le buffet d’origine et si l’instrument vendu en 1920 le possédait encore. Ce dont on est sûr, c’est qu’à Wipperfürth, l’instrument n’était protégé que d’une simple et élégante grille en bois. De ce fait, le buffet actuel est nouveau et intègre le caisson original.
• la console n’est certainement pas totalement d’origine car, suite aux petits agrandissements de l’orgue en 1920 et 1937, elle aurait dû être remplacée ou tout au moins modifiée ; cette dernière hypothèse est cohérente avec l’impression que donne la console actuelle de contenir des composants d’origine.
Cette dernière comporte deux claviers de 58 notes, un pédalier, le mécanisme de lecture des rouleaux et les tirettes de 38 jeux.
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Console de l’orgue « Welte-Philharmonie » du Britannic (Musée de Seewen)
"Photo @ Museum für Musikautomaten"
• l’enregistrement en 1961 d’un disque vinyle « Reger joue Reger [1] » à partir des rouleaux que Max Reger avait enregistrés à Fribourg en 1913 a été réalisé en faisant lire ces rouleaux par l’orgue avant son départ de Wipperfürth. Cet instrument s’avéra très bien adapté, la majorité de ses jeux correspondant à ceux de l’orgue enregistreur « Welte-Philharmonie » de Fribourg. C’est encore le cas pour l’orgue actuel comme le montre sa composition (décrite ci-dessous), dont les jeux communs aux deux instruments sont largement prédominants.
[1] « Max Reger spielt eigene Orgelwerke », Electrola Co. de Cologne, Allemagne 1961 : 1C 053-28925

L'orgue du Britannic et la diffusion de l'héritage enregistré sur rouleaux musicaux
Le grand nombre de jeux communs à l’orgue enregistreur de Fribourg et à l’orgue lecteur du Musée de Seewen permet de lire, avec ce dernier, les rouleaux de musique enregistrés au début du XXe siècle à Fribourg avec la plus grande fidélité aux sonorités souhaitées par les organistes en sélectionnant leurs jeux. Ainsi, l’orgue du Britannic permet de restituer les tout premiers documents existants témoignant de l’interprétation musicale d’organistes nés au XIXe siècle, alors qu’il n’existe pas d’autres enregistrements d’orgue de la même époque. C’est fascinant.
Pour faire profiter le grand public de cet héritage, le Musée de Seewen s’est impliqué dans des enregistrements de l'orgue du Britannic lisant des rouleaux des années 1912 à 1930. Il en a résulté une série de 23 CD, édités sous le titre The Britannic Organ par le label munichois OehmsClassics ; cela représente douze albums enregistrés de 2011 à 2016 et 27 heures de musique qui donnent à entendre le jeu d’artistes majeurs tels que Edwin Lemare, Max Reger, Eugène Gigout, Joseph Bonnet, …


Pochette du Vol. 4 de la série « The Britannic Organ »
consacré à des enregistrements d’Eugène Gigout et de Joseph Bonnet, interprétant des œuvres de leur composition ainsi que d’autres compositeurs
© 2012 OehmsClassics Musikproduction GmbH
Par ailleurs, des projets ont été développés en collaboration avec la Haute École fédérale des arts appliqués de Berne, pour préserver les nombreux rouleaux du Musée de Seewen, tant d’orgue que de piano, et sauvegarder leur contenu musical en les scannant (notons que ces rouleaux constituent déjà un enregistrement numérique avec la séquence binaire : trou – non trou). Les rouleaux de papier peuvent ainsi être archivés sous forme de données brutes ou convertis en fichiers MIDI qui les rend immédiatement accessibles.
Grâce à leur catalogage systématique, les rouleaux de musique sont pour la première fois accessibles en grand nombre aux musiciens, chercheurs, musicologues… et constituent une base importante pour l'étude des styles d'interprétation d’un peu plus d’une centaine d’années.
L'orgue "Welte-Philharmonie", un précurseur !
L’étonnante destinée de l’orgue « Welte-Philharmonie » construit en 1913 pour le Britannic nous conduit à réfléchir sur l’histoire de la reproduction de la musique de piano, et surtout d’orgue. Rien n’était vraiment satisfaisant dans le dernier quart du XIXe siècle, que ce soit les phonographes ou les gramophones.
Au tout début des années 1900, l’entreprise allemande Welte a réussi, la première, la prouesse de restituer les œuvres avec une qualité égale à celle des prestations des pianistes, puis des organistes. Comment ? En faisant reproduire mécaniquement la musique par un instrument identique à celui qui a servi à l’enregistrer. L’idée était simple mais la réalisation technique était une prouesse en ce début du XXe siècle, où ni l’électronique, ni l’informatique n’existaient encore.
Compte tenu de la fidélité de reproduction des interprétations, l’orgue du Britannic, comme les autres orgues « Welte-Philharmonie » ont donc été les précurseurs des orgues à tuyaux contemporains qui, disposant d’un système de transmission informatique répondant à la norme MIDI, sont capables d’enregistrement et de restitution parfaite du jeu des organistes.
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Sources :
• Site internet du Musée des Automates à Musique de Seewen (Museum der Musikautomaten) : https://www.musikautomaten.ch/fr
• Mark Chirnside, The Olympic-class Ships. Olympic Titanic Britannic, Tempus Publishing Ltd, 2004
• Musical Instruments at the world’s Columbian Exposition, Presto Company, Franck D. Abott, Chicago, 1895
• Peter Hagmann, Das Welte-Mignon-Klavier, die Welte-Philharmonie-Orgel und die Anfänge der Reproduktion von Musik, Bern ; Frankfurt am Main ; New York : Lang, 1984. Version numérique : Freiburg im Breisgau : Universitätsbibliothek, 2002
• David Rumsey and Christoph E. Hänggi, The Origins of Seewen’s Welte-Philharmonie, The Diapason, Mars 2008, pp. 24-28
webDiapMar08p24-28.pdf
• David Rumsey, The Seewin-Britannic Organ and its associated rolls, The Amica Bulletin, 2009, vol. 46 (1), pp. 10-19
• Catalogue de l'exposition “Wie von Geisterhand » organisée par le Musée des Automates à Musique de Seewen en collaboration avec la Haute école fédérale des arts appliqués de Berne, pour le centenaire de l’orgue « Welte-Philharmonie » en 2011, en particulier :
- David Rumsey, Pearls and rarities of the Welte Organ roll collection, p. 86
- Gerhard Dangel, Die Firma Welte und die Welte-Philharmonie-Orgeln weltweit - Ein Bestandsaufnahme, p. 130
- Christoph E. Hänggi, Die Seewener Welte-Philharmonie Orgel, p. 200
• David Rumsey, Welte’s Philharmonie rolls recording 1910-1928 : My afternoons with Eugène Gigout, The Diapason, Mars 2011, pp. 25-33
• Bernhard Häberle und Jürgen Dahlbüdding, Vom Orchestrion zur Kirchenorgel, Geschäftliche Aktivitäten des Hauses Welte in Freiburg ab der Wende zum 20. Jahrhundert, Das Mechanische Musikinstrument, 2011, n° 110, pp. 7 - 18
• Actes du symposium de 2013 ‘Recording the soul of music’ par Christoph E. Hänggi et Kai Köpp (HRSG.), “Im Gedenken an David Rumsey (1939-2017)”, Seewen/Bern 2017, en particulier :
- Melvin E. Fulton, How the Welte pipe organ rolls were made, p. 162

